Le Ngaben – parfois appelé pitra yadnya – est l’un des rites funéraires les plus emblématiques de la culture balinaise. Issu de la tradition hindoue locale, il se distingue par sa dimension symbolique très forte, sa théâtralité et l’atmosphère à la fois solennelle et festive qui l’accompagne. Contrairement à de nombreuses cultures où la mort est perçue comme un moment exclusivement triste, le ngaben est célébré comme un passage spirituel libérateur pour le défunt.
Origines et signification
Dans l’hindouisme balinais, le corps physique (stula sarira) n’est qu’un véhicule temporaire de l’âme (atman). La mort marque la séparation entre les deux, mais l’âme ne peut atteindre un état supérieur — voire se réincarner — qu’après avoir été purifiée par le feu.
Ainsi, le ngaben vise à libérer l’âme du cycle terrestre afin qu’elle puisse poursuivre sa quête vers la perfection spirituelle (moksha).
Déroulement du rituel
Un ngaben peut être simple ou très élaboré, selon la caste, le statut social de la famille et les ressources financières. Toutefois, plusieurs étapes essentielles demeurent :
1. Préparation
Les préparatifs peuvent durer des semaines ou des mois. La famille, le village et les artisans locaux construisent :
Une tour funéraire (wadah)
Un sarcophage souvent en forme de taureau (lembu) ou de lion
Des offrandes rituelles (banten)
2. Procession vers le lieu de crémation
Le corps est placé dans la tour funéraire. La procession, accompagnée de musique traditionnelle gamelan, traverse le village. À certains carrefours, la tour est tournée plusieurs fois dans le but de désorienter les esprits malveillants.
3. Crémation
Arrivée sur le terrain destiné au rituel, la dépouille est placée dans le sarcophage. Celui-ci est ensuite brûlé tandis que prêtres et proches récitent des mantras, témoignant du caractère sacré de l’événement.
4. Purification des cendres
Les cendres sont recueillies puis conduites vers la mer ou une rivière, symbolisant la réintégration des éléments naturels et l’ultime purification de l’âme.
Un événement communautaire
Au-delà de la dimension spirituelle, le ngaben est un événement social et communautaire. La préparation mobilise de nombreuses personnes, reflétant l’importance du gotong royong (entraide).
De plus, le rituel est souvent considéré comme un acte d’amour : il permet à l’âme du défunt de se libérer, tout en facilitant le deuil des vivants.
Ngaben et modernité
Aujourd’hui, certains ngaben sont réalisés de manière collective, une pratique encouragée par le gouvernement pour alléger les coûts importants associés à la cérémonie. Malgré les influences de la modernité, le rituel reste profondément ancré dans la vie culturelle et religieuse balinaise.


